Athlètes de haut niveau ou coureurs lambda, les risques des blessures sur marathon sont importants. Explications.
Avant d’arpenter la ligne bleue qui trace le chemin le plus court sur les 42,195 km, le corps des marathonien(ne)s flirte souvent avec la ligne rouge. Comme un sempiternel couperet qui rôde au-dessus de leurs très affutées -mais endurantes- jambes. Dans les starting-blocks pour le marathon de Londres,
la championne d’Europe Christelle Daunay, et
Benjamin Malaty avaient dû renoncer au marathon de Londres (26 avril).
La première en raison d’une fissure au tendon d’Achille, et le second à cause d’une lésion musculaire du jambier intérieur (au niveau du tibia), et qui avait enchaîné auparavant les tendinites.
« Le marathon, c’est très dur. On ne peut pas se louper. A la différence des autres disciplines, on ne peut pas les multiplier dans l’année. On mise tout sur un seul évènement » témoigne Benjamin Malaty,
15e des Europe à Zurich.
« La tendinopathie d’Achille, et à un moindre degré la tendinopathie du tenseur du fascia lata (syndrôme de l’essuie-glace) ainsi que la tendinopathie de l’insertion haute des ischio-jambiers représentent l’essentiel des blessures chroniques » relève Jean-Michel Serra, médecin des équipes de France d’athlétisme.
« En blessure aiguë, il y a la rupture de l’aponévrose plantaire et les diverses fractures de fatigue (pied, jambe, bassin) ».
Les athlètes de haut niveau ne sont pas les seuls touchés.
Le marathon de Bordeaux Métropole, pour sa première édition le 18 avril, avait fait le plein avec 18 000 inscrits sur les quatre courses au programme, dont le marathon.
« Depuis deux mois, on voit avec mes associés des patients tous les jours » glissait à la mi-mars Bertrand Thoribé, médecin du sport à la clinique des sports de Mérignac (près de Bordeaux).
Les causes de ces blessures
Les raisons principales de ces blessures résident
« dans les micro-traumatismes répétés dus à la sur-utilisation sur des facteurs prédisposant posturaux, un manque de récupération entre les séances mais aussi, parfois, des runnings non adaptées à la morphologie ou à la foulée du sportif » décrypte Jean-Michel Serra, qui met également en exergue
« une préparation mal adaptée ou trop dure ».
La récupération est un élément identifié par Bertrand Thoribé, un des médecins officiant également auprès de l’équipe professionnelle de rugby de l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) et qui suit plusieurs marathoniens, à l’instar de
Yohan Durand, Benjamin Malaty et Yannick Dupouy (
2h16’10’’ à Paris en 2013 et qui fut forfait cette année pour cause de fracture de fatigue au tibia).
Dr Thoribé : « Il faut trouver le bon équilibre entre charge de travail et récupération »
« Le problème du marathon à haut niveau en France, c’est qu’à quelques exceptions près, les athlètes sont obligés de travailler à côté (ce n’est pas le cas de Yohan Durand, de Christelle Daunay ou de Sophie Duarte, ndlr)
». Il faut en effet pouvoir encaisser les bornes à haute intensité sur une préparation spécifique de 10 à 12 semaines (avec des pics avoisinant les 200 km par semaine), sans oublier les kilomètres accumulés sur les précédents objectifs.
« Au lieu d’être à la sieste ou de se faire masser, ils travaillent. Le problème n’est pas le marathon en lui-même, mais la dure préparation en amont pour le faire dans de bonnes conditions. Les meilleurs sportifs -quelque soit le sport et même s’il y a toujours la limite physiologique- sont ceux qui enchaînent et encaissent le mieux les entraînements les plus durs. Il faut trouver le bon équilibre entre charge de travail et récupération » précise le Dr Thoribé.
Photo IStock
Même problématique pour les coureurs lambda, pour lesquels la préparation est aussi source de tourments. La majorité des blessures proviennent
De son côté, la triathlète Alexandra Louison a donné la priorité à la course à pied depuis ses deux sélections en équipe de France (notamment 1h12’06’’ sur semi-marathon en 2014) et escomptait s’aligner à Paris.
a annihilé ses ambitions.
Christelle Daunay lors de son titre européen aux championnats d’Europe à Zurich – Photo Q.G