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Comment contrer les troubles digestifs à l’effort ?
Par la rédaction, le 10/10/2019
30 à 50% des coureurs à pied souffrent de troubles digestifs. Tels sont les résultats moyens des études portant sur la fréquence de troubles gastriques ou intestinaux au cours de l’effort ; loin d’être anecdotiques, ces troubles ont pour conséquence un inconfort, voire un arrêt de l’effort à court terme, mais aussi et surtout une fragilisation de la muqueuse intestinale pouvant être à l’origine de troubles inflammatoires, ostéo-tendineux ou immunitaires.  Voyons tout ceci en détail ! Pourquoi souffre-t-on de troubles digestifs à l’effort ? Les origines sont nombreuses et multifactorielles : – Des origines physiologiques et mécaniques La diminution de l’irrigation sanguine des organes digestifs à l’effort au profit des muscles peut atteindre 45% de l’irrigation au repos au cours d’un effort inférieur à 60% du VO2 max et jusqu’à 80% lors d’un effort submaximal. La motricité digestive, l’effet mécanique de la foulée, le sexe (les femmes sont plus touchées), un niveau faible d’entraînement, l’existence de pathologies digestives sous-jacentes, la prise de médicaments (aspirine, anti-inflammatoires non stéroïdiens, oestroprogestatifs), l’altitude, le climat chaud, l’intensité d’effort et le stress sont autant de facteurs aggravant les risques de troubles digestifs. C’est ainsi que 39% des coureurs de fond et jusqu’à 50% des triathlètes reconnaissent le recours à une automédication pour contrecarrer cet inconfort à l’effort. – Des origines nutritionnelles La façon dont vous vous alimentez et vous vous hydratez avant, pendant et après l’effort a des conséquences directes sur votre confort digestif : Troubles digestifs et hyperperméabilité intestinale Au delà de l’inconfort au cours de l’effort, l’existence de troubles intestinaux chroniques peut avoir des conséquences insoupçonnées chez la plupart des coureurs. La diminution de l’irrigation sanguine au niveau de l’intestin évoquée précédemment est en effet suivie, à l’arrêt de l’effort, d’une reperfusion des organes digestifs. C’est ce que l’on appelle d’ailleurs « l’ischémie-reperfusion ». Cet afflux massif de sang est synonyme d’une oxygénation importante au niveau de l’intestin, donc d’une production accrue de radicaux libres : c’est le stress oxydatif. Or les cellules de l’intestin (les entérocytes) ne sont malheureusement pas adaptées à ce stress oxydatif important du fait de leur exposition ponctuelle et de leur durée de vie très courte. La répétition de ces épisodes au cours des entraînements engendre une fragilisation accrue des cellules intestinales et une altération des jonctions assurant normalement l’imperméabilité intestinale, et ce de manière d’autant plus forte que la déshydratation à l’effort est importante. En clair, l’intestin n’est pas un organe s’adaptant à l’effort. Ainsi, une étude menée par Oktedalen met en évidence une augmentation de la perméabilité intestinale chez 100% des coureurs participant à un marathon ou à un semi-marathon. Les conséquences de cette hyperperméabilité sont multiples : il s’en suit un passage accru d’endotoxines bactériennes dans l’organisme à travers la muqueuse de l’intestin, mais également de peptides alimentaires telles que les protéines de gluten ou de lait de vache. Ces protéines, lorsque la flore intestinale est perturbée et en l’existence d’une prédisposition individuelle, peuvent faire l’objet d’une réaction du système immunitaire ou inflammatoire. Ainsi des troubles inflammatoires, en particulier de type ostéo-tendineux, ou des troubles immunitaires telles que des infections à répétition, des intolérances alimentaires ou des allergies peuvent trouver leur origine dans une perturbation du trépied intestinal constitué de la muqueuse intestinale (plus de 300m2 de surface !), de la flore intestinale (plus de 100 000 milliards de bactéries) et du système immunitaire (plus de 70% du système immunitaire est en relation avec l’intestin). D’autres facteurs peuvent déséquilibrer ce trépied, en particulier une prise chronique d’anti-inflammatoires non stéroïdiens ou d’antibiotiques, un stress chronique, une alimentation trop riche en glucides et/ou en protéines ou une mastication insuffisante. En pratique : les solutions Au quotidien, la restauration d’un écosystème intestinal équilibré représente donc une démarche essentielle pour le coureur à pied souffrant de troubles intestinaux chroniques. Le recours à des bactéries dites probiotiques associées à un régime hypotoxique peut se justifier en fonction des situations. La consommation de fruits et légumes riches en antioxydants permet également d’optimiser les protections contre le stress oxydant.  Veillez à bien prendre le temps de mâcher et à éviter tout excès de glucides ou de protéines. Avant l’effort : Pendant l’effort : Il ne vous reste plus qu’à digérer tous ces conseils ! Cet article sur les troubles digestifs est paru dans les pages conseils du numéro 239 de VO2 Run. Plus de conseils et bien d’autres choses à lire dans le numéro actuellement en kiosques. Références : Ashton T, Young IS, Davison GW, Rowlands CC, McEneny J, Van Blerk C, et al. Exercise-induced endotoxemia : the effect of ascorbic acid supplementation. Free Radic Biol Med 2003 ; 35 : 284-91. Clausen JP. Effect of physical training on cardiovascular adjustments to exercise in man. Physiol Rev 1977 ; 57 : 779-815. Goldin BR. Health benefits of probiotics. Br J Nutr 1998 ; 80 : S203-S207. Fogoros RN. ‘Runner’s trots’. Gastrointestinal disturbances in runners. JAMA 1980 ; 243 : 1743-4. Lopez AA, Preziosi JP, Chateau P, Auguste P, Plique O. Troubles digestifs et automédication constatés en compétition chez les sportifs d’endurance. Enquête épidémiologique prospective sur une saison sportive de triathlon. Gastroenterol Clin Biol 1994 ; 18 : 317-22. Neufer PD, Young AJ, Sawka MN. Gastric emptying during walking and running : effects of varied exercise intensity. Eur J Appl Physiol Occup Physiol 1989 ; 58 : 440-5. Oktedalen O, Lunde OC, Opstad PK, Aabakken L, Kvernebo K. Changes in the gastrointestinal mucosa after long-distance running. Scand J Gastroenterol 1992 ; 27 : 270-4. Peters HP, Bos M, Seebregts L, Akkermans LM, Berge Henegouwen GP, Bol E, et al. Gastrointestinal symptoms in long-distance runners, cyclists, and triathletes : prevalence, medication, and etiology. Am J Gastroenterol 1999 ; 94 : 1570-81. Sullivan SN, Wong C, Heidenheim P. Does running cause gastrointestinal symptoms ? A survey of 93 randomly selected runners compared with controls. N Z Med J 1994 ; 107 : 328-31. Texte : Anthony Berthou – www.sante-et-nutrition.com – Photo : Istock.
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