La Saintélyon, Patrick Bringer ne connaissait pas jusqu’à l’an passé. « On avait perdu un ami il y a deux ans, Sébastien Bresle, et il avait couru alors qu’il était malade en 2011 et 2012, pour se donner de l’espoir. Il n’aimait pas du tout le long et s’était pris de passion pour cette course *. Sa famille nous avait demandé l’an dernier d’y retourner ». Patrick Bringer et ses amis avaient ainsi disputé le relais à quatre, sous l’étiquette : « Hommage à Sébastien Bresle ».
« Ça été une motivation pour y retourner » confie Patrick Bringer, 39 ans le 23 décembre prochain. En sus de cette raison « extrasportive », la Saintélyon représente également pour lui un bon moyen de se « relancer ».
en raison de multiples tracas. Depuis, les épingles et le maillot de course sont restés au placard.
« Quelques simulations de compètes » pour évaluer la forme
« Je n’étais pas blessé en raison de la course à pied. Je voulais me reposer après la Maxi-Race, sans particulièrement courir l’été. J’ai juste fait un morceau de la traversée des Alpes avec Yann Curien et Julien Coudert. C’était plus pour se faire plaisir et on n’a pas été tout à fait au bout pour des soucis de pied. J’étais parti pour faire le trail à la Guadeloupe. Mais en randonnant avec des amis et ma femme, je suis tombé et je me suis pété les côtes à droite. Je n’ai rien pu faire, même du vélo, car ça fait trop mal en respirant ».
Après sa mésaventure, Patrick Bringer a repris l’entraînement début septembre. « La forme est correcte. C’est toujours dur quand tu n’as pas couru depuis si longtemps. J’avais pas mal couru depuis le début de l’année et j’estime que celle-ci est plutôt réussie. J’aime bien quand même enchaîner les compètes. C’est pourquoi j’ai fait quelques simulations de compètes avec Fabien Chartoire (qui sera lui aussi en lice sur la Saintélyon) ».
3e inattendu en 2013), Pierre-Laurent Viguier et donc Fabien Chartoire, avec qui ils ont fait partagé les week-ends de prépa.
Fraîcheur et envie
S’il n’a pas de réel indicateur quant à son niveau, Patrick Bringer a revanche pour lui une fraîcheur physique et mentale certaines, comme il le résume lui-même, et ce à la différence d’un Emmanuel Gault par exemple, qui a enchaîné les compétitions.
Surtout, l’épreuve nocturne amorce le début de la préparation pour les Mondiaux 2015. « J’ai vu que l’an dernier, il fallait être prêt tôt et vite pour la Maxi-Race. En réattaquant de très loin (après sa blessure, ndlr), et comme je ne rajeunis pas au fil des années, je sais qu’il faut vite se remettre dedans pour être prêt début mai. Il y a sinon la tentation de ronronner l’hiver et ce n’est pas une bonne chose » relève celui qui brille également de l’autre côté de la barrière. Chrono à la main, stylo et cahier pour concocter les plans, et une expérience d’athlète fort utile.
Entraîneur depuis une vingtaine d’années (d’abord de manière « sporadique » puis de façon plus poussée depuis qu’il a stoppé le triathlon il y a six ans), Patrick Bringer, 2ème de l’Ironman d’Embrun en 2007, 3e de celui de Nice en 2007 et 2008, a cette année connu d’excellents résultats, en trail (il coache entre autres Yann Curien et Nicolas Martin, vice-champion de France de trail en septembre dernier), et surtout en triathlon, en « drivant » Cyril Viennot vers la 5eplace à l’Ironman d’Hawaï (la meilleure performance française de l’histoire). « Hawaï, c’est le gros gros rendez-vous, et ça faisait longtemps qu’on attendait qu’un Français remarche là-bas »commente t-il. « C’est un bon garçon qui a bien assuré ses arrières, qui a de grosses valeurs d’humilité et de travail. Ça fait quatre ans que je le coache ».
Cyril Viennot a également glané la médaille de bronze aux championnats du Monde de triathlon longue distance (4 km natation, 120 km vélo et 30 km course à pied), alors qu’Etienne Diemunsch, que Patrick Bringer connaît depuis très longtemps et qu’il coache depuis deux ans, est monté sur la deuxième marche du podium aux Mondiaux de duathlon derrière Benoît Nicolas, se rapprochant aussi et surtout du top niveau en triathlon ** (courte distance : 1,5 km natation, 40 km vélo et 10 course à pied). Le Clermontois sera ainsi dans la course à la qualification aux JO, même si le niveau est particulièrement dense et relevé dans l’Hexagone.
« Ça me fait plaisir car j’ai un groupe humainement très sympa, avec des gens que j’apprécie en dehors du sport. Il y a une osmose qui a bien pris l’an dernier, entre des gens de haut niveau et des gens qui sont là davantage pour le plaisir. Je ne dissocie pas les groupes trail (une quinzaine d’athlètes) et triathlon (une douzaine) car ils s’entrainent parfois ensemble, et beaucoup de choses peuvent se faire en commun » expose Patrick Bringer.
« Inculquer un esprit de groupe »
Qui entraîne beaucoup à distance, ce qui est particulièrement chronophage, puisque les préparations sont individualisées. « Mais on se regroupe régulièrement sur des week-ends. J’essaie de ne pas faire que de l’entraînement à distance et d’inculquer un esprit de groupe. Ça marche très bien en trail. On se retrouve deux fois par an : à Nant (près de Millau) et une fois à Annecy en mars alors que nous faisons au moins une course en commun par an. Je tiens à ce qu’il y ait une multiplicité de niveau car tout le monde enrichi tout le monde » glisse le vainqueur trail du Ventoux 2013.
Dans le sillage de ces probants résultats, le bouche-à-oreille fonctionne. L’an prochain, Anthony Gay, 3e notamment de la CCC en aout dernier, rejoindra ainsi le groupe, de même que Julien Coudert (5e du trail du Ventoux en mars dernier). Si les demandes affluent, notamment en triathlon -« mais je les refuse car je souhaite rester à une douzaine d’athlètes »- Patrick Bringer souhaite conserver un équilibre entre son métier d’enseignant et sa vie de famille.
« Si tu ne fais que ça, tu bascules dans autre chose que de la passion. Ce n’est pas tout à fait la même philosophie. D’autre part, si le groupe est trop gros, tu peux perdre un peu les liens forts qui existent actuellement entre les personnes. Au-delà de l’aspect sportif, tu noues des liens, des relations avec des gens que tu n’aurais sinon jamais rencontrés. Le mélange des genres, c’est vraiment ce que j’apprécie, et de tout niveau ».
* 3’50’’62 sur 1 500 m en 2004, 8’17’’1 sur 3 000 m et 14’27’’29 sur 5 000 m l’année suivante. Atteint d’une tumeur au cerveau décelée en 2011, Sébastien Bresle, qui avait inclut la course à pied dans son traitement, avait relevé un immense défi, à savoir disputer la Saintélyon, où il avait terminé 15e en 2011 puis 5e en 2012. 2012, année où il prit également part aux 100 km de Belvès, réalisant 8h38’37’’. Il est décédé en avril 2013.
là.
** Etienne Diemunsch est classé 62e au classement mondial de triathlon et sixième Français, sans avoir pris part aux manches WTS (le principal circuit mondial). Cette année, il a notamment remporté la World Cup (niveau juste en deçà des WTS) de Cozumel ou terminé 4e de celle de Huatulco. Son record sur 10 km route : 29’26’’ en janvier 2013 à la Prom’Classic à Nice.